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IRLANDE : les décès liés au travail augmentent de 17% en 2014 et de 87% dans l'agriculture

Les chiffres publiés début janvier par l'Autorité irlandaise de sécurité et de santé au travail (Health and Safety Authority, HSA) montrent une augmentation de 17% des décès liés au travail en 2014, soit 55 accidents mortels contre 47 en 2013.

Non seulement c'est le plus mauvais résultat depuis 2008, mais “le plus alarmant est que 54% sont des accidents de circulation”, a déclaré Martin O'Halloran, directeur de la HSA. Ce sont les classes d'âge les plus élevées qui sont les plus touchées, avec treize décès parmi les 65-99 ans, onze chez les 55-64 ans et dix chez les 45-54 ans. Viennent ensuite les groupes des moins de 17 ans et des 25-34 ans (respectivement sept décès), des 35-44 ans (quatre décès) et des 18-24 ans (trois décès).

Si les accidents mortels ont baissé dans la construction (de 11 à 8 décès), la pêche (de 5 à 1) et les transports/stockage (de 4 à 3), le secteur de l'agriculture accuse, lui, une hausse de 87%, avec 30 personnes tuées en 2014 comparativement à 16 en 2013. C'est la 5e année que ce secteur enregistre plus d'un cas sur deux (55%) de l'ensemble des accidents mortels. “Le nombre d'accidents mortels qui s'est produit dans les fermes l'année dernière est le plus élevé de ces vingt dernières années” a déploré Martin O'Halloran.

Suite à la publication de ces chiffres, le responsable de la santé-sécurité au travail de la Confédération syndicale irlandaise SIPTU, Sylvester Cronin, a lancé un appel au gouvernement irlandais pour “mettre un coup d'arrêt aux coupes réalisées dans le budget des services compétents” de la HSA. 

ESPAGNE : les cancers professionnels liés à l’amiante sont largement sous-déclarés

Une étude d'Alfredo Menéndez-Navarro, de l'Université de Grenade, publiée dans l’« International Journal of Occupational and Environmental Health » analyse le nombre de cas de cancers liés à l'amiante reconnus comme maladie professionnelle entre 1978 et 2011. Elle met en évidence une large sous-déclaration de ces cancers.

Les cancers liés à l’amiante sont inscrits depuis 1978 sur la liste espagnole des maladies professionnelles. Cette inscription aurait dû entraîner une forte hausse du nombre d’indemnisations liées à ces pathologies. Or seuls 164 cas de cancers liés à l’amiante ont été reconnus entre 1978 et 2011. Selon les auteurs de l’étude, le taux de sous-déclaration atteindrait 93,6% (hommes) et 99,7% (femmes) pour les mésothéliomes et 98,8% (hommes) et 100% (femmes) pour les cancers des bronches et du poumon.

Pour les auteurs, il est essentiel de mettre en place un système d’information et de surveillance des cancers liés à l’amiante (mésothéliomes, cancers du larynx, des poumons ou des ovaires) pour garantir aux victimes l’indemnisation à laquelle elles peuvent prétendre. Le nombre de personnes atteintes ne devrait pas cesser de croître durant les prochaines années.

ITALIE : l’ex-dirigeant d'Eternit acquitté en attendant un nouveau procès

Le 19 novembre 2014, la plus haute juridiction italienne a acquitté l’un des anciens dirigeants du groupe suisse Eternit, Stephan Schmidheiny, condamné en appel en 2013 à 18 ans de prison et à 89 millions d’euros de dommages et intérêts pour “catastrophe sanitaire et environnementale”. Il lui était reproché de ne pas avoir pris les mesures de prévention contre les risques sanitaires liés à l’amiante alors qu’il les connaissait parfaitement.

L’avocat général, Francesco Mauro Iacoviello, a estimé qu'il y avait prescription des délits depuis 1998, soit 12 ans après la fermeture des dernières usines Eternit sur le sol italien. La décision de la Cour suprême a été un choc en Italie, surtout pour la population de Casale Monferrato, ville où Eternit avait installé la plus grande de ses usines et embauché une bonne partie de la population. Les ouvriers y travaillaient sans protection et rapportaient leurs vêtements de travail recouverts d’amiante dans leur foyer, exposant alors femmes et enfants. Par ailleurs, de nombreux témoins ont rapporté que des camions chargés d’amiante traversaient la ville, sur laquelle se déversaient les poussières du minerai. Cela explique que bien des familles aient été touchées par des maladies comme l’asbestose et le mésothéliome. 1800 habitants sur 35 000 seraient morts à cause de l’amiante au cours des dernières décennies.
Le 20 novembre, les commerçants de Casale Monferrato ont baissé leurs rideaux pendant une journée en signe de protestation et de deuil.

La bataille judiciaire des 5000 parties civiles n’est pas terminée. Une autre procédure, appelée le “procès Eternit bis”, est actuellement en cours. M. Schmidheiny y est poursuivi pour homicide volontaire.

En savoir plus (en italien)

ALLEMAGNE : les conditions de travail sont particulièrement difficiles dans le secteur de la construction

Le BAUA publie les résultats d’une enquête menée auprès de travailleurs de la construction en 2012. Le bilan est sans surprise : les conditions de travail y sont beaucoup plus difficiles que dans les autres secteurs d’activités.

L’activité dans la construction est souvent liée à des conditions de travail difficiles malgré les progrès techniques réalisés ces dernières décennies. 92% des travailleurs interrogés sont soumis à la station debout, 79% au travail sollicitant les mains, 72% au port de charges lourdes et 64% au travail en posture forcée. D’autres facteurs, comme des conditions climatiques difficiles, le bruit, la monotonie et la pression des délais viennent aggraver la situation. D’ailleurs, c’est dans le secteur de la construction que l’on enregistre le plus grand nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles.

Le BAUA rappelle que le respect des règles permet de prévenir les risques et les maladies. De plus il convient, alors que la population active vieillit, de réduire les contraintes physiques aux postes de travail afin de maintenir les seniors dans l’emploi. Il faut également sensibiliser les plus jeunes à la santé et la sécurité au travail.

CANADA : différences hommes-femmes en matière d’exposition professionnelle

Des chercheurs viennent de réaliser une des premières analyses de l’exposition professionnelle à des substances chimiques selon le sexe. Ils ont utilisé des données épidémiologiques issues de deux études : l’une sur le cancer du poumon, l’autre sur le cancer du sein, qui portaient sur 1 657 hommes et 2 073 femmes de la région de Montréal vers la fin des années 1990. Les chercheurs ont estimé et comparé la proportion et les niveaux d’exposition entre hommes et femmes par profession pour 243 substances toxiques qui avaient été codées dans chacune des deux études.

De par leurs emplois, les hommes ont été jugés de nature à être davantage exposés entre autres aux gaz d’échappement des véhicules, aux coupes pétrolières (composants du pétrole récupérés dans une tour de distillation), aux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), aux poussières des matériaux de construction et aux poussières d’abrasifs. Concernant les femmes, il s'agit des poussières de tissus, fibres textiles, de l’ammoniaque, du formaldéhyde et autres aldéhydes aliphatiques. Ces profils d’exposition recoupent ceux d’une étude néo-zélandaise parue en 2011.

Mais la plupart de ces différences de proportion d’exposition disparaissent lorsque l’analyse tient compte de la profession. En effet, en étudiant précisément quelque 4 269 points de comparaison relatifs à l’exposition des hommes et des femmes à l’intérieur d’un même groupe professionnel, il s'est avéré que seuls 3,1 % présentaient des différences marquées selon le sexe, et ce sans explication évidente.

En conclusion, il est nécessaire de faire des analyses stratifiées sur le genre pour mieux percevoir les différences en matière d’exposition et de lésions professionnelles entre hommes et femmes, conclut France Labrèche, auteure principale de l’étude et épidémiologiste à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST).

Lire l'étude Expositions professionnelles à des contaminants chimiques et physiques : Analyse différenciée selon le sexe”

ALLEMAGNE : lancement de la Semaine nationale dédiée à la prévention des maladies professionnelles de la peau

peau allemagneLa campagne d’information “Peau et travail”, organisée du 3 au 7 novembre 2014, vise à réduire le nombre élevé de maladies professionnelles de la peau.

En 2011, plus de 25 000 cas de dermatoses ont été déclarés auprès de l’assureur AT-MP, la DGUV ; ce qui représente 35,2% de l'ensemble des cas déclarés. La DGUV a donc décidé de sensibiliser les travailleurs. Cette campagne, organisée en collaboration avec les associations de dermatologues, est d’autant plus importante que bien souvent, les personnes affectées sous-estiment la gravité de leurs lésions alors que plus le dépistage est précoce, plus la maladie est facile à traiter. Il sera question de l’exposition professionnelle aux UV émis par le soleil. D’abord parce que de nombreuses personnes travaillent en plein air, notamment dans les secteurs de la construction ou de l’agriculture. Ensuite, parce que dès le 1er janvier 2015, le cancer de la peau lié à une exposition aux UV du soleil sera inscrite sur la liste des maladies professionnelles.

LUXEMBOURG : campagne de prévention sur les risques liés à la consommation d’alcool et de drogues sur les lieux de travail

AlcoolLa campagne, organisée par trois ministères (Santé, Emploi et Sécurité sociale) s’inscrit dans le cadre de la campagne européenne 2014-2015 de l’EU-OSHA sur les risques psychosociaux liés au travail. En effet, le stress, l’anxiété, le harcèlement, sont des facteurs susceptibles d’induire ou d’aggraver des situations de consommation d’alcool et de stupéfiants ou la prise de médicaments au travail.

Au Luxembourg, on estime qu’1 travailleur sur 10 boit quotidiennement durant ses heures de travail et que 8,4% des salariés consomment des substances illicites. Le Conseil national luxembourgeois d’alcoologie (CNLA) affirme que 25% de tous les accidents de travail sont probablement dus à l’alcool. Or l’employeur est responsable de la santé et de la sécurité de ses salariés au travail, tout comme les salariés eux-mêmes sont responsables de leur santé et sécurité et de celles de leurs collègues.

Un guide a été réalisé afin d’aider les chefs d’entreprises, les cadres supérieurs, les gestionnaires de ressources humaines, les membres des comités d’entreprise et délégués du personnel dans leur démarche de prévention. Etablir une politique interne claire au sujet de l’usage de drogues et d’alcool sur le lieu de travail constitue une première étape, à condition que cette politique soit menée conjointement par la direction et les salariés. Ensuite, il convient de mettre en place des procédures pour dépister de manière précoce des problèmes de toxicomanie et, dans le cas où un salarié doit être relevé de son poste de travail, de savoir encadrer son retour. Les services de santé au travail constituent des interlocuteurs privilégiés dans cette démarche.

En plus du guide, des brochures de sensibilisation ont été publiées.

BELGIQUE : Peu de travailleurs indépendants indemnisés par le Fonds amiante (AFA)

medecins-radioDepuis la création du Fonds amiante (AFA), en 2007, les indépendants ont été très peu nombreux à déposer une demande d’indemnisation auprès du Fonds des maladies professionnelles (FMP) qui gère l'AFA. En effet, sur la période 2007-2013, ils représentent seulement 3,3% des travailleurs indemnisés.

Pourtant, tout comme les salariés, qui constituent 75,5% des travailleurs indemnisés, les indépendants ont été exposés à l’amiante dans de nombreux secteurs (toiture et démolition, stockage, vente et distribution de produits en fibre-ciment, installation de chauffage, menuiserie…). D’après le FMP, si les travailleurs indépendants déposent si peu de demandes, c'est parce qu'ils connaissent mal le dispositif d'indemnisation pour les victimes de l'amiante. Le FMP appelle donc tous les indépendants atteints de difficultés respiratoires à contacter leur médecin traitant pour faire le point sur leur état de santé et leur éventuelle exposition à l'amiante.

loupe1Le Fonds amiante indemnise les personnes atteintes de mésothéliome et d’asbestose quelle que soit l’origine de l’exposition, professionnelle ou environnementale. Il est financé de manière égale par l’Etat et les entreprises.

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ROYAUME-UNI : victoire judiciaire des victimes de l’amiante contre le gouvernement

justiceGBLa Haute Cour de justice vient de juger illégale la décision du gouvernement d'utiliser 25% de l'indemnisation accordée aux victimes de mésothéliome pour couvrir les primes et coûts d'assurance juridique. Cette décision fait suite à l'action en justice entamée fin juillet 2014 par l'association de victimes de l’amianteAVSG.

En 2013, le gouvernement avait réformé le système judiciaire. La Loi LASPO sur l’aide juridictionnelle transférait la charge des frais de justice de la partie perdante à la partie plaignante. Toutefois, les victimes de mésothéliome étaient exemptées des nouvelles règles, en l'attente d’une étude approfondie des répercussions de la loi sur ce groupe particulier de plaignants. Fin 2013, contre toute attente, le gouvernement a déclaré que le texte s'appliquait sans exception. AVSG a alors intenté une action en justice contre le gouvernement, invoquant la non-réalisation de cette étude, et a obtenu gain de cause.

Le gouvernement, qui a décidé de ne pas faire appel, devra procéder à une évaluation exhaustive des répercussions de la loi sur l’indemnisation des victimes de l’amiante s’il souhaite mener à bien sa réforme. L’association de victimes estime que cela devrait prendre 3 à 5 ans.

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ITALIE : 4 morts dans une usine de traitement des déchets

usine dechetsL’un des accidents les plus dramatiques de ces 5 dernières années, a mis en lumière les dangers liés au secteur du traitement des déchets et au travail en espace confiné.

Quatre opérateurs sont morts, le 22 septembre 2014, à la suite d’une intoxication au dioxyde de soufre, dans une usine de traitement des déchets, à Adria. L’un de leurs collègues se trouve, également, dans un état grave. Cet accident est survenu alors que les 5 opérateurs déversaient de l’acide sulfurique dans une citerne contenant déjà de l’ammoniaque. Le mélange entre les 2 produits aurait provoqué des fumées, tuant sur le coup 4 des 5 hommes qui ne portaient pas de masque de protection.

Le procureur de la République a ouvert une enquête pour homicide involontaire afin de déterminer les causes du drame. Les premières constatations mettraient en évidence des lacunes au niveau de la formation du personnel et de l’utilisation des équipements de protection individuelle. Par ailleurs, le cycle de production n’aurait pas été correctement suivi. L’acide sulfurique et l’ammoniaque n’auraient jamais dû être mélangés.
Les syndicats ont demandé l’ouverture d’un débat national sur la sécurité au travail. La ville d’Adria, choquée par l’accident, a annoncé une journée de deuil.

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